Présentéisme au travail : définition, causes, conséquences et solutions
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Le présentéisme au travail ne désigne pas simplement le fait de rester tard au bureau. Au sens scientifique, il consiste à travailler malgré un problème de santé physique ou psychologique qui nécessiterait de s’absenter. Moins visible que l’absentéisme, il peut réduire la capacité de travail, ralentir la récupération et révéler des difficultés d’organisation ou de management.
Qu’est-ce que le présentéisme au travail ?
Dans leur article de référence publié en 2011, les chercheurs Éric Gosselin et Martin Lauzier définissent le présentéisme comme le comportement d’un travailleur qui, malgré des problèmes de santé physique ou psychologique nécessitant une absence, persiste à se présenter au travail (1).
Le présentéisme maladie, ou sickness presenteeism, suppose donc un état de santé altéré et la poursuite du travail malgré cet état. Il est parfois présenté comme l’opposé de l’absentéisme, mais toute présence improductive n’est pas du présentéisme maladie : un manque de motivation ou le traitement d’affaires personnelles au bureau ne suffit pas à le caractériser.
Dans les usages RH, le mot recouvre aussi la présence tardive, la connexion pendant les congés ou le fait d’être présent avec l’esprit ailleurs. Distinguer ces réalités évite les diagnostics hâtifs.





Quels sont les différents types de présentéisme ?
Le présentéisme maladie volontaire ou contraint
Un salarié peut poursuivre son activité parce qu’il se sent capable d’effectuer une partie de son travail, qu’il est très engagé ou qu’il ne veut pas laisser son équipe en difficulté. Mais la décision est contrainte lorsqu’il craint une perte de revenu, une mauvaise évaluation, une surcharge au retour ou une stigmatisation. L’absence de relais et l’insécurité de l’emploi pèsent aussi.
L’étude Malakoff Médéric Humanis de 2019 illustre ces mécanismes : parmi les motifs de non-respect d’un arrêt prescrit, 39 % des répondants indiquaient qu’il n’était pas dans leurs habitudes de « se laisser aller » et 37 % invoquaient l’absence de prise en charge financière des journées non travaillées. (3)
Le présentéisme stratégique
Le présentéisme stratégique consiste à allonger sa présence pour donner une image d’implication : départs tardifs, connexions répétées hors horaires ou activité affichée sans utilité réelle. Le chiffre de 26 % mesuré par Glassdoor en 2019 relève de cette logique. (4)
Le présentéisme contemplatif
Cette expression désigne une personne physiquement présente, mais momentanément peu disponible mentalement. Fatigue, stress, préoccupations personnelles ou démotivation peuvent être en cause. Ce terme courant en RH ne doit pas être confondu avec le présentéisme maladie.
Le karoshi : une réalité liée au surtravail, à ne pas confondre
Le mot japonais karoshi désigne les décès et atteintes liés au surtravail. Pour l’exercice 2016, le Livre blanc de 2017 recensait 107 décès par maladie cérébrovasculaire ou cardiaque et 84 suicides ou tentatives reconnus comme accidents du travail, soit 191 cas. (6) Ce chiffre ne mesure pas le présentéisme et n’établit aucun lien causal avec lui.
Quelles sont les conséquences du présentéisme ?
Lorsqu’un problème de santé limite les capacités, maintenir l’activité peut réduire la concentration, ralentir le rythme ou augmenter les erreurs. L’enjeu est particulièrement sensible dans les métiers engageant la sécurité du salarié, de ses collègues, des patients ou du public.
Le présentéisme peut aussi retarder la récupération. Des études prospectives l’associent à une dégradation ultérieure de la santé perçue et à un risque accru d’absence maladie future (7)(8). Pour une pathologie contagieuse, venir travailler peut en outre exposer d’autres personnes et augmenter les absences dans le collectif.
À l’échelle de l’entreprise, une culture où chacun travaille malade normalise le comportement. Elle peut fragiliser la confiance, dégrader la qualité du travail et conduire les équipes à confondre disponibilité permanente et engagement.
Toutes les situations ne sont toutefois pas identiques. Une reprise progressive ou une activité adaptée peut parfois soutenir le maintien en emploi ou la convalescence, à condition d’être compatible avec l’état de santé, organisée avec les acteurs compétents et de ne pas se substituer à un arrêt prescrit.
Comment lutter contre le présentéisme au travail ?
Selon le Code du travail, l’employeur doit assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (10). Plusieurs leviers se combinent.
1. Rendre l’absence pour raison de santé légitime
Les règles et les messages managériaux doivent rappeler qu’un arrêt prescrit doit être respecté. Réduire l’absentéisme ne doit pas pousser à travailler malade ou à reprendre trop tôt.
2. Organiser la continuité du travail
Identifier des relais, documenter les tâches critiques, partager les compétences et ajuster les priorités réduit le sentiment d’être irremplaçable. La prévention passe d’abord par l’organisation.
3. Valoriser les résultats sans récompenser la surprésence
Évaluer la qualité, la coopération et des objectifs réalistes vaut mieux que récompenser le temps visible. Mais remplacer la pression des horaires par des objectifs excessifs serait tout aussi contre-productif.
4. Donner l’exemple et former les managers
Un manager qui respecte ses temps de repos, diffère les envois tardifs et encourage un salarié malade à se soigner rend les règles crédibles. Il doit parler de la charge sans demander de diagnostic médical.
5. Faire vivre le droit à la déconnexion
Plages de non-sollicitation, envoi différé des courriels, règles sur les urgences et respect des congés sont des mesures concrètes. Dans les entreprises soumises à cette négociation, le Code du travail prévoit de traiter le droit à la déconnexion et la régulation des outils numériques ; à défaut d’accord, une charte est élaborée après avis du CSE (9)(10).
6. Associer les salariés et les acteurs de la prévention
Les échanges avec les équipes, le CSE et le service de prévention et de santé au travail aident à comprendre les causes réelles. Un salarié peut demander une visite à la médecine du travail, qui peut proposer des mesures d’aménagement ou de prévention (11).
7. Ne pas utiliser le télétravail comme substitut automatique à l’arrêt
Le télétravail ne doit pas devenir la réponse par défaut à la maladie. Toute organisation doit respecter la prescription médicale, les capacités de la personne et les règles de prévention.
Faire de la présence un choix soutenable, pas une preuve d’engagement
Une présence continue ne garantit ni santé ni performance. Agir sur la charge, les relais, la déconnexion et le dialogue protège les personnes comme la qualité du travail.
Sources et références
- Gosselin, É. et Lauzier, M. (2011), « Le présentéisme. Lorsque la présence n’est pas garante de la performance », Revue française de gestion, n° 211, DOI 10.3166/RFG.211.15-27
- Hamon-Cholet, S. et Lanfranchi, J. (2021), « Présentéisme pour maladie : une conséquence de l’organisation du travail ? », Centre d’études de l’emploi et du travail, Connaissance de l’emploi n° 170
- Malakoff Médéric Humanis (2019), Étude Absentéisme 2019
- Glassdoor (2019), « Présentéisme : vous sentez-vous jugé(e) de quitter le bureau avant 18 h ? »
- TF1 INFO (2020), résultats du sondage Ipsos pour OurCo sur le présentéisme contemplatif
- Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, 13th Occupational Safety & Health Program, données issues du Livre blanc 2017 sur le karoshi
- Kinman, G. et Grant, C. (2025), Understanding Sickness Presenteeism: Causes, Risks and Solutions, Society of Occupational Medicine
- Taloyan, M. et al. (2012), « Sickness presenteeism predicts suboptimal self-rated health and sickness absence », PLOS ONE, DOI 10.1371/journal.pone.0044721
- INRS (2026), « Droit à la déconnexion : respecter les temps de repos des salariés »
- Code du travail, articles L. 4121-1 et L. 2242-17
- Service-Public.fr, « Médecine du travail pour un salarié du secteur privé »
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